Elle ravale sa fierté, ses larmes et prie le ciel, proxénète de son âme, pour que les nuages la battent plus fort et l'achèvent.
La nuit, elle peint les murs de la ville, vomissant les couleurs, criant sa solitude et sa détresse dans un caniveau. Chaque soir elle goûte un peu plus à la violence, à la fuite d'un lendemain sans réveil, aux marques d'un souffle de trop sur son bras. Une cigarette fume encore dans le cendrier. La bombe s'est vidée de sa peinture, abandonnée sur un trottoir, comme sa tête trop pleine de vagabondages et de poésie enfumée.
Il fait nuit. Des bouts de sa mémoire collés sur des gouttières, elle dépose sa vie sur un rebord de fenêtre.
Elle l'a lu sous un réverbère, les continents se prostituent, parlent la langue de la débauche et dévoilent trop de chair, trop de dents, pas assez de sentiments. Pourtant elle aime, vivre d'un regard et d'un semblant de sourire, d'un peu de bonheur trouvé dans un café crème à l'aube.
Une dernière goutte rouge vif s'étale sur la palette de ses espoirs. Au son vibrant d'un vieux saxophone, carnet de voyage d'une route au Mississippi.


