J'aurai sans doutes imaginé mon monde a moi si j'avais pu.
J'aurai pris l'habitude d'emprunter les rues desertes d'une petite ville d'Angleterre en faisant crisser la neige sous mes pas. Il aurait fait nuit. Les flocons seraient tombés par milliers et le froid aurait été glacial. J'aurai aperçu le reflet d'une fenetre illuminée sur le trottoir d'en face. Je me serai arretée alors, devant cette jolie vitrine de boulangerie, encore ouverte pour l'heure tardive. Et je serai entrée.
Les murs sont peints en orange et rouge, quelques tableaux sont accrochés aux poutres de la pièce, l'ambiance est rassurante. Les gens discutent, bien confortablement assis dans de vieux fauteuils defoncés. La lumière est tamisée, un feu crépite dans la cheminée. Ca sent bon le chocolat, la fleur d'oranger et le croissant aux amandes. La radio chante un vieil air de jazz, c'est la partie que je prefere, lorsque le saxophoniste entame son solo. Je me dirige vers le rocking chair et m'enroule dans une grosse couverture à carreaux rouge et vert, dos à l'âtre. J'ai demandé un chocolat chaud au caramel au beurre salé, comme dans un de mes souvenirs. Je me sens bien, à l'abris. Dehors, il continue de neiger, la lumiere d'un reverbere clignote doucement, je souris, apaisée.
Dans mon monde, les gens n'auraient fait que rire, et ne sauraient pas pleurer. Mon coeur aurait été comme de la barbe a papa et mes sentiments tendres comme une madeleine fourrée a l'abricot.
"C'est là le fond de la joie d'amour, lorsqu'elle existe : nous sentir justifiés d'exister."
J.P. Sartre